La mise en place de Zones à faibles émissions (ZFE) qui interdit aux possesseurs de véhicules Crit’Air 3 de circuler à Lyon depuis le 1er janvier 2025 pose un certain nombre de questions.
Si chacun convient que la lutte contre la pollution de l’air est bien un enjeu de notre siècle, c’est comme souvent la méthode utilisée qui interroge ainsi qu’en témoigne le récent mouvement « Les gueux » (*) lancé par Alexandre Jardin, dont une habitante – Hélène Partageot – nous a récemment signalé l’existence.
Ce mouvement créé par le célèbre écrivain s’érige contre des directives qui, sous couvert d’un objectif plutôt consensuel (lutter contre la pollution de l’air), installent dans les faits une sorte de « ségrégation sociale » : faute de moyens financiers suffisants pour remplacer rapidement un véhicule soudainement devenu non conforme, des millions de véhicules et près d’un tiers de la population française se verraient ainsi interdits l’accès aux grandes villes, au risque sinon de payer des amendes conséquentes.
Or cela pose un problème de fond en matière d’égalité des droits : l’auteur pointe par exemple l’accès aux grandes infrastructures de santé souvent situées dans les métropoles qui se complexifie pour ceux qui ne disposent pas du véhicule adéquat et habitent en périphérie des ZFE ou dans nos campagnes. Il pointe ici ou là de multiples exemples concrets de situations impensées qui rendent difficile voire impossible la vie de nombre d’habitants qui ont besoin de leur véhicule mais ne peuvent plus l’utiliser. Il décrit enfin la difficulté de ceux qui, prêts à acquérir un nouveau véhicule, s’aperçoivent qu’ils ne parviennent pas à revendre leur propre voiture car son prix s’est entretemps effondré…
Sans doute faudrait-il donc, avant que ce mouvement des « gueux » ne prenne l’ampleur d’autres mouvements que la France a connus récemment, temporiser et prendre le temps de mieux réfléchir la mise en œuvre effective d’un dispositif dont l’objectif, s’il est vertueux, semble loin d’avoir prévu à ce stade des alternatives crédibles de mobilité pour tous…
(*) Basé sur le principe des « folles de Mai », ces femmes qui tournaient sur la Place de Mai à Buenos Aires en Argentine au temps des Colonels, le mouvement des Gueux propose de manifester chaque samedi de 10 h à 12 h devant les mairies de France en marchant en rond dans le sens inverse des aiguilles d’une montre pour protester contre la mise en place des ZFE.